Le 7 juin 2024, le Curaçao Gaming Control Board a révoqué la licence de Rabidi N.V., l’opérateur déclaré en faillite quelques jours plus tard. Trigger : une plainte allemande non payée de 244 950 €. Trois mois auparavant, l’opérateur avait transféré 1,2 million € d’actifs vers Adonio N.V. — manœuvre qualifiée par l’administrateur judiciaire de fraude créancière probable. C’est l’épisode qui a précédé l’émergence de NovaForge Ltd, l’opérateur actuel de Spinsy. Chronologie complète d’un dossier de continuité corporate.
Qui était Rabidi N.V.
Rabidi N.V. était une société constituée à Curaçao sous régime GCB (Gaming Control Board) avec un portefeuille de marques casino en ligne couvrant principalement le marché européen — Allemagne, République tchèque, Pologne, France, pays nordiques. Le portefeuille comprenait notamment Boomerang Casino, Mr. Pacho, BillyBets, Stonevegas, et plusieurs autres marques moins exposées.
La structure était classique de l’offshore Curaçao : une N.V. (Naamloze Vennootschap, équivalent SA néerlandaise des Antilles) portant la licence master, des entités opérationnelles facturant via processeurs de paiement chypriotes ou maltais, des dirigeants nominaux sur registre public et des ayants droit économiques (UBO) plus discrets.
Le pic d’activité de Rabidi se situe sur 2022-2023, avec une expansion documentée par les agrégateurs (Casino.guru, AskGamblers) et par les bases sectorielles type SiGMA. La sortie commence en 2024.
Le déclencheur allemand
Le 24 mai 2024 (date confirmée par FinTelegram News, full text 403 mais titre indexé), un joueur résident allemand a déposé une plainte formelle contre Rabidi N.V. pour 244 950 € de gains non payés. Le contexte : gains accumulés sur slots, demandes de retrait bloquées en série pendant plusieurs mois, motifs invoqués par l’opérateur tournant autour de procédures KYC répétées et de soupçons de pattern abusif jamais matérialisés.
Le joueur a saisi en parallèle le Curaçao GCB (régulateur de l’époque) et plusieurs canaux médiateurs (Casino.guru, AskGamblers Complaints Team). Le GCB a ouvert une procédure formelle. C’est l’une des rares occurrences documentées où une plainte joueur a déclenché une révocation de licence Curaçao — le régulateur étant historiquement réputé pour son enforcement faible.

La révocation du 7 juin 2024
Le Curaçao GCB a notifié la révocation de la licence de Rabidi N.V. le 7 juin 2024. Quelques jours plus tard, l’opérateur déposait son bilan. La procédure de faillite a été ouverte officiellement courant juin 2024, avec nomination d’un administrateur judiciaire à Willemstad.
La séquence rapide. Plainte fin mai, révocation 7 juin, faillite mi-juin. Suggère que la situation financière de Rabidi était déjà fragilisée avant le déclenchement de la plainte allemande. Le dépôt allemand n’a pas « coulé » l’opérateur, il a précipité l’exposition publique d’une insolvabilité préexistante.
Le transfert d’actifs vers Adonio N.V.
Trois mois avant la révocation, le 20 mars 2024, Rabidi N.V. a transféré environ 1,2 million € d’actifs vers Adonio N.V. — entité Curaçao distincte mais probablement liée à des bénéficiaires effectifs communs (UBO partagés, dirigeants nominaux superposés). La nature des actifs transférés n’est pas publique en détail : probablement combinaison de soldes bancaires, de droits sur des marques, d’équipements techniques et de portefeuilles clients.
L’administrateur judiciaire de Rabidi a qualifié ce transfert de manœuvre de fraude créancière probable dans ses notes préliminaires (citation rapportée par FinTelegram, full text non vérifié directement). La qualification « fraude créancière » est juridique précise. Elle vise les actes qui appauvrissent volontairement le patrimoine d’une entreprise en pré-faillite pour soustraire des actifs au recouvrement créancier.
Le détail de la procédure d’administration judiciaire et les éventuelles actions en récupération contre Adonio N.V. ne sont pas publiquement accessibles au moment du scrape (juin 2026). Notre analyse dédiée du transfert creuse les implications.
L’émergence de NovaForge Ltd
Parallèlement à la procédure Rabidi, une nouvelle entité — NovaForge Ltd — émerge sur des marques précédemment opérées par Rabidi. La date exacte d’immatriculation NovaForge sur Anjouan n’est pas publique (registre Anjouan interactif sans CDX accessible), mais les agrégateurs sectoriels (thegambletimes, kryptocasinos) la situent au tournant printemps-été 2024.
NovaForge porte une licence Anjouan Gaming Board ALSI-152406028-FI2 et opère sous l’immatriculation 15684 (Mutsamudu, Anjouan). Spinsy, lancé fin Q3 2024 selon Wayback Machine (premier capture HTTP 200 le 5 novembre 2024), figure parmi les marques NovaForge dès le lancement.
D’autres marques précédemment Rabidi ont été reprises directement par NovaForge (Boomerang, Mr. Pacho selon kryptocasinos.com), tandis que certaines sont passées via Adonio N.V. ou via des entités tampons intermédiaires. Le séquencage complet n’est pas public mais le pattern d’ensemble est documenté.

FinTelegram et la qualification « illegal online casino scene »
FinTelegram News, plateforme spécialisée enforcement et compliance financière, a publié deux rapports sur NovaForge (titres accessibles via Google index, full reports 403). Le premier rapport, dont le titre verbatim est « NovaForge Ltd : the new face in the illegal online casino scene », établit la continuité corporate entre Rabidi en faillite et NovaForge.
Le second rapport relie NovaForge à Liernin Enterprises (Îles Marshall) et à un processeur de paiements chypriote dont le nom apparaît dans plusieurs dossiers Rabidi antérieurs. Le pattern d’empilement offshore. Anjouan visible, Marshall Islands en arrière-plan, Chypre pour le processing. Est classique des restructurations post-faillite dans le secteur.
FinTelegram n’est pas un régulateur. Sa qualification « illegal » traduit une lecture journalistique critique, non une décision juridique. Mais le faisceau d’indices (continuité opérationnelle, équipes communes, marques héritées, transfert d’actifs pré-faillite) est suffisamment documenté pour mériter d’être pris au sérieux par tout joueur envisageant un dépôt.
Les conséquences pour les anciens joueurs Rabidi
Pour les joueurs ayant un solde bloqué chez Rabidi au moment de la faillite, les voies de recours sont limitées. La procédure de faillite Curaçao prévoit théoriquement un ordre des créanciers, mais les joueurs n’y sont pas prioritaires. Aucun fonds de garantie type IBAS UK ou loi de protection des dépôts ne s’applique aux licences Curaçao GCB de l’ancien régime.
Aucun cas francophone de récupération significative post-faillite Rabidi n’est documenté à ce jour. Le joueur allemand initiateur a obtenu une reconnaissance partielle de sa créance via la procédure, sans paiement effectif au moment du scrape juin 2026.
Ce que ce dossier dit sur Spinsy
Le passif Rabidi est pertinent pour évaluer Spinsy parce que la continuité opérationnelle est documentée. Mêmes équipes back-office probable, même type d’infrastructure de paiement, même approche commerciale. NovaForge Ltd n’est pas une nouvelle organisation émergente. C’est une résurrection corporate d’un opérateur en défaut antérieur.
Cela ne signifie pas que Spinsy fera défaut. Les protocoles internes ont peut-être été renforcés post-faillite ; l’équipe a peut-être tiré des leçons opérationnelles. Mais le précédent existe, et il est mathématiquement raisonnable de l’intégrer à toute évaluation du risque déposant. C’est précisément ce que fait notre grille pondérée maison, en plombant la dimension réputation (20 %) sur ce critère.
Pour l’analyse complète des sœurs NovaForge actuelles et de leur héritage Rabidi, voir notre cartographie des 42 marques et notre fiche sur NovaForge Ltd.

Chronologie résumée
- 2018-2023 : période d’activité Rabidi N.V., expansion européenne, portfolio multi-marques.
- Fin 2023 - début 2024 : première friction documentée sur des retraits joueurs majeurs.
- 20 mars 2024 : transfert 1,2 million € d’actifs vers Adonio N.V.
- 24 mai 2024 : plainte allemande 244 950 € déposée formellement.
- 7 juin 2024 : révocation licence Rabidi par Curaçao GCB.
- Mi-juin 2024 : dépôt de bilan formel.
- Été 2024 : émergence NovaForge Ltd sur licence Anjouan ALSI-152406028-FI2.
- 5 novembre 2024 : premier capture HTTP 200 Spinsy (Wayback Machine).
- 2025-2026 : expansion NovaForge à ~42 marques, cas joueurs documentés sur plusieurs sœurs.
FAQ
Spinsy était-il opérationnel sous Rabidi N.V. ?
Non. Spinsy a été lancé fin Q3 2024, après la faillite Rabidi. Le domaine spinsy.com était possédé depuis 2018 mais inactif. Le lancement opérationnel coïncide avec l’émergence NovaForge.
NovaForge Ltd est-il juridiquement responsable des dettes Rabidi N.V. ?
Non, ce sont deux personnes morales distinctes dans des juridictions distinctes (Curaçao vs Anjouan). Un créancier Rabidi ne peut pas saisir NovaForge directement. C’est précisément le mécanisme de la restructuration offshore.
Le joueur allemand 244 950 € a-t-il été payé ?
Pas au moment du scrape (juin 2026). Sa créance est reconnue par la procédure de faillite, mais aucun paiement effectif n’est documenté publiquement.
Pourquoi le Curaçao GCB a-t-il révoqué cette fois ?
Combinaison rare : plainte volumineuse documentée, pression médiatique sectorielle, et probablement situation financière déjà connue du régulateur. La révocation est inhabituelle dans l’histoire Curaçao GCB. C’est un dossier emblématique du resserrement réglementaire pré-CGB nouveau régime.
Adonio N.V. opère-t-elle encore des casinos ?
Documentation insuffisante à ce jour. Adonio apparaît dans le dossier de transfert mars 2024 mais son activité opérationnelle post-2024 n’est pas publique en détail. Voir notre analyse dédiée du transfert.
D’autres opérateurs ont-ils suivi un schéma similaire ?
Oui, le pattern « faillite Curaçao → résurrection Anjouan » est documenté sur plusieurs dossiers depuis 2022. Anjouan est devenu la juridiction de relocalisation favorite pour les opérateurs en sortie Curaçao post-réforme GCB.