Le 20 mars 2024, Rabidi N.V. a transféré environ 1,2 million € d’actifs vers Adonio N.V. Trois mois plus tard, Rabidi déposait son bilan. L’administrateur judiciaire a qualifié ce transfert de manœuvre de fraude créancière probable. Voici ce que ce dossier révèle sur les pratiques pré-faillite dans le segment offshore — et pourquoi il pèse sur l’évaluation de Spinsy aujourd’hui.
Le transfert, en détail accessible
La date du transfert — 20 mars 2024 — est documentée dans le rapport FinTelegram News sur la faillite Rabidi (titre indexé, full text 403 au moment du scrape, snippets vérifiables via Google). Le montant approximatif de 1,2 million € est repris cohéremment sur plusieurs sources sectorielles (kryptocasinos, casinos-curacao).
Adonio N.V. est une entité immatriculée à Curaçao, formellement distincte de Rabidi N.V. Les liens entre les deux entités — bénéficiaires effectifs communs, dirigeants nominaux superposés, conventions opérationnelles — ne sont pas publiquement détaillés. L’hypothèse la plus parcimonieuse pour expliquer un transfert d’actifs aussi conséquent entre deux N.V. trois mois avant faillite est celle d’une structure liée.
La nature des actifs transférés n’est pas détaillée publiquement. Probablement combinaison de :
- Soldes de comptes bancaires Rabidi
- Droits sur des marques casino actives
- Équipements et licences logicielles
- Portefeuilles clients (bases de données joueurs)
- Contrats avec processeurs de paiement
La qualification « fraude créancière probable »
Cette qualification est juridique précise. En droit Curaçao (proche du droit néerlandais), la actio Pauliana ou son équivalent local permet à l’administrateur judiciaire d’annuler les actes qui appauvrissent volontairement le patrimoine d’une entreprise en pré-faillite pour soustraire des actifs aux créanciers.
Les critères classiques :
- L’acte intervient dans une période suspecte (généralement 6 à 12 mois avant cessation de paiements).
- L’acte appauvrit le patrimoine de l’entreprise pré-faillite.
- Le bénéficiaire du transfert connaissait ou aurait dû connaître l’état de pré-faillite.
- L’acte cause préjudice aux créanciers existants ou futurs.
Le transfert Rabidi → Adonio remplit prima facie ces critères : 3 mois avant faillite, montant significatif rapporté au passif probable, bénéficiaire vraisemblablement informé compte tenu des liens probables entre les deux entités, préjudice direct aux créanciers (dont le joueur allemand 244 950 €).
« Probable » dans la qualification administrateur signifie : les éléments matériels sont réunis, mais une qualification définitive nécessite procédure judiciaire complète avec contradictoire. Au moment du scrape juin 2026, je n’ai pas trouvé de décision judiciaire Curaçao publique sur ce point précis.

Le contexte légal Curaçao
Le droit Curaçao protège théoriquement les créanciers contre les manœuvres pré-faillite. La N.V. (Naamloze Vennootschap) est une structure équivalente à la société anonyme européenne, avec règles minimales de gouvernance et obligations comptables. Une N.V. en pré-faillite ne peut pas légitimement transférer 1,2 million € à une entité liée sans contrepartie économique équivalente. Ce serait une violation des règles de préservation du patrimoine social.
En pratique, l’enforcement Curaçao sur ces dossiers est inégal. La taille du territoire, la complexité juridictionnelle offshore, le coût des procédures par rapport au passif récupérable : tous ces facteurs limitent le pouvoir réel de l’administrateur judiciaire à récupérer les actifs transférés. Le 18 juin 2026 vers 15 h, j’ai cherché des décisions judiciaires Curaçao 2024-2026 sur le dossier Rabidi sans en trouver de publiques.
Ce qu’est devenu Adonio N.V.
Adonio N.V. apparaît dans le faisceau d’indices comme entité réceptrice du transfert mars 2024. Son activité opérationnelle post-2024 n’est pas clairement documentée. Plusieurs hypothèses raisonnables :
- Tampon transitionnel : Adonio aurait servi de véhicule temporaire pour parquer les actifs entre la faillite Rabidi (Curaçao) et l’émergence NovaForge (Anjouan). Les marques transférées migrent ensuite vers NovaForge sous la nouvelle licence Anjouan.
- Co-opérateur résiduel : Adonio continuerait d’opérer une partie des marques Rabidi en parallèle de NovaForge.
- Holding inactif : Adonio aurait été dissoute après transfert vers d’autres entités.
L’hypothèse 1 est la plus cohérente avec le calendrier observé (transfert mars 2024, faillite Rabidi juin 2024, émergence NovaForge été 2024). Mais en l’absence de pièces formelles, c’est une lecture journalistique, pas un constat juridique.

Le rôle de Liernin Enterprises (Marshall Islands)
Le second rapport FinTelegram mentionne Liernin Enterprises aux Îles Marshall comme entité dans l’orbite NovaForge. Si Liernin est holding ultime sur la chaîne de propriété, le schéma cohérent serait :
- Liernin Enterprises (Marshall Islands) = holding ultime opaque, UBO non publiques.
- Adonio N.V. (Curaçao) = entité intermédiaire ayant reçu les actifs Rabidi en mars 2024.
- NovaForge Ltd (Anjouan) = entité opérationnelle sous nouvelle licence, ayant repris une partie des marques via Adonio.
- Processeur chypriote = canal de circulation des paiements joueurs.
Empilement classique offshore. Chaque étage offre une couche d’opacité supplémentaire. Aucune des juridictions impliquées (Marshall Islands, Curaçao, Anjouan, Chypre) n’impose un registre public des UBO accessible à un journaliste étranger. La traçabilité de propriété est intentionnellement difficile.
Les recours possibles pour un créancier Rabidi
Pour un joueur ayant un solde bloqué au moment de la faillite Rabidi : théoriquement, déclarer sa créance dans la procédure de faillite Curaçao. En pratique, cette démarche nécessite :
- Identification du syndic / administrateur judiciaire Curaçao
- Production des pièces (relevés de compte, captures écran, échanges email)
- Traduction certifiée en anglais ou néerlandais
- Délai de déclaration respecté
- Suivi de la procédure
Aucun cas francophone documenté de récupération significative via ce canal au moment du scrape. Le ratio coût/récupération est défavorable pour des créances modestes. Les créances importantes (>50 000 €) peuvent justifier l’effort, mais sans garantie de succès.
Pourquoi ce dossier compte pour Spinsy
Spinsy est opéré par NovaForge Ltd, entité émergée juste post-faillite Rabidi. La faillite Rabidi juin 2024 n’est pas un événement passé sans rapport. C’est l’événement qui a structuré l’arrivée de l’opérateur actuel.
Si la même équipe ou les mêmes UBO sont impliqués (faisceau d’indices solides via FinTelegram), il est raisonnable de craindre que les mêmes pratiques pré-faillite puissent réémerger en cas de tension financière future. Ce risque structurel pondère lourd dans notre grille pondérée maison.
Concrètement, pour un joueur qui dépose 1 000 € sur Spinsy aujourd’hui : en cas de difficulté financière NovaForge dans 18-36 mois, la même mécanique pourrait s’activer. Transfert d’actifs vers une nouvelle entité dans une nouvelle juridiction, faillite NovaForge, perte du solde joueur. Le précédent existe.

Comment se protéger
Trois leviers pour minimiser l’exposition :
- Ne pas laisser un solde dormant : retirer les gains au fur et à mesure, garder le solde au minimum opérationnel pour jouer.
- Privilégier les paiements crypto : traçabilité on-chain, indépendance des processeurs intermédiaires (mais Spinsy n’a pas publié la liste de ses processeurs).
- Surveiller les signaux faibles : ralentissements de paiement, scripts support qui s’allongent, changements T&C fréquents, baisse de la qualité de l’UX. Les opérateurs en pré-tension financière laissent des traces.
Pour la cartographie des 42 marques sœurs et l’identification d’éventuelles autres marques en pré-tension, voir notre analyse dédiée.
FAQ
Le transfert 1,2 million € est-il prouvé juridiquement ?
Pas par décision judiciaire publique au moment du scrape. La qualification « fraude créancière probable » vient de notes d’administrateur judiciaire rapportées par FinTelegram. Pour un constat juridique définitif, il faudrait une décision contradictoire de tribunal Curaçao.
Adonio N.V. est-il responsable du paiement des créanciers Rabidi ?
Théoriquement, si l’actio Pauliana ou son équivalent local est invoqué avec succès, oui. Adonio devrait restituer les actifs reçus pour permettre la satisfaction des créanciers Rabidi. En pratique, aucune procédure publique de récupération n’est documentée.
NovaForge Ltd peut-il être tenu responsable du passif Rabidi ?
Non, sauf à démontrer que NovaForge est « continuation économique » de Rabidi au sens du droit applicable. Ce qui n’est pas prouvé publiquement. Les deux entités sont juridiquement distinctes, dans deux juridictions distinctes.
Le processeur chypriote a-t-il été sanctionné ?
Pas à ma connaissance. Le nom du processeur n’est pas publié, et aucune sanction Banque Centrale de Chypre publique ne lui est explicitement liée. À surveiller via FinTelegram et les rapports compliance EU.
D’autres transferts d’actifs pré-faillite sont-ils documentés sur Rabidi ?
Le transfert vers Adonio est le principal documenté publiquement. D’autres mouvements vers des entités secondaires sont possibles mais non confirmés. La procédure de faillite Curaçao examine théoriquement l’ensemble des mouvements de la période suspecte.
Comment vérifier si NovaForge se prépare à un schéma similaire ?
Pas de méthode publique fiable. Surveiller les changements de processeurs de paiement, les délais de retrait qui s’allongent, les changements T&C fréquents, les rumeurs sectorielles. Aucun de ces indicateurs n’est diagnostique. Ce sont des signaux faibles.